Notes sur le phénomène vert régressif

NOTE 1

J’ai développé récemment une réflexion sur les formes de dérives propres à chaque stade de l’évolution tel que décrit dans le modèle de la Spirale Dynamique. Je m’attarde plus particulièrement à penser la dérive du stade vert, observant très souvent sur le terrain un manque de rationalité chez les individus en verts.

Je vois que la religion bleue dérive en dogmatisme, que la science orange dérive en scientisme. Et au niveau vert j’observe une dérive vers un subjectivisme pré-rationnel, sorte de ressentisme intuitif ouvert à tous les biais cognitifs.

J’appelle cela le phénomène vert régressif. Ce phénomène socio-culturel n’est au fond qu’une pré/trans fallacy, au sens wilberien du terme. A partir du moment où l’évolution entame le dépassement du mental rationnel, elle perd son appui structurant et risque de retomber en deça. C’est ce qui advient pour une partie de ceux qui opèrent cette mutation conscientielle sans avoir suffisamment intégré le stade précédent. Je pense aux rainbow d’aujourd’hui, aux gens que l’on retrouve dans les festivals néo-tribaux de type Rêve de l’Aborigène, ou aux personnes qui sont dans le New Age, etc.

NOTE 2

Voici un texte de Ken Wilber issu de son dernier livre, Trump and a post-Truth World, qui confirme ce que je dis depuis quelques années, à savoir :

1/ Le niveau Vert de l’évolution de la conscience, tel que décrit dans le modèle de la Spirale Dynamique, a jusqu’ici échoué à prendre les commandes de la société. Il y a eu un échec des créatifs culturels, un échec à se rassembler et à prendre conscience d’eux-mêmes en tant que groupe pour constituer une force en vue de transformer la société, comme l’avait espéré Paul Ray.

2/ Cet échec est lié à un double facteur :

– le premier, que j’avais senti et théorisé à ma manière, c’est la pre/trans fallacy du Vert, soit sa confusion entre le niveau pré-(moderne/rationnel/egoïque) et le niveau post-(moderne-rationnel-egoïque). (Pour faire simple : la dynamique d’évolution post-moderne ayant eu une attitude trop oppositionnelle envers la modernité, en a perdu les apports et est retombée dans des logiques pré-modernes et pré-rationnelles, aussi bien du côté de l’écologie que de la spiritualité) ;

– et le second, que j’avais moins compris, et que Wilber a bien mis en évidence, à savoir la dérive du discours Vert vers un relativisme absolu prônant le “chacun sa vérité”. Pour résumer : la déconstruction de toutes les formes de domination qui va de la french theory au constructivisme social actuel, débouche sur un relativisme plat qui nie le progrès holarchique de l’évolution et par suite, prive le Vert de son leadership évolutionnaire et de sa capacité à affirmer un But, au profit d’un monde plat post-vérité. En somme, le rejet de toute hiérarchie de domination conduit à renier toute l’holarchie de l’évolution, qui fait qu’un système de valeur rouge est moins évolué qu’un système de valeur vert par exemple, ou qu’un ver de terre est moins évolué qu’un humain.

Voilà pour les causes internes à l’échec du Vert à changer la société. Il faudrait bien sûr y ajouter les causes externes, et notamment la difficulté des populations situées sur les niveaux précédents à suivre le rythme et le niveau de complexité de l’évolution en cours. La majorité en orange attend notamment que le nouveau paradigme ait fait ses preuves et devienne concret, mais l’évolution caricaturale du vert est loin d’être convaincante dans les yeux des oranges… Dans ce contexte le fameux gouffre de la théorie de la diffusion de l’innovation dont parle Geoffrey Moore n’a pas pu être sauté. En somme : le processus d’évolution a échoué (du moins jusqu’ici).

3/ En conséquence de cet échec, et donc en l’absence d’issue évolutive à la crise systémique, nous avons assisté à une montée de monstres régressifs. La nature ayant horreur du vide, si la tension systémique ne peut pas être canalisée dans un sens évolutif, elle se réoriente vers des issues régressives.

Hypothèse à tester : c’est le niveau Jaune-Turquoise de la Spirale Dynamique (vert d’eau – turquoise dans le modèle de Wilber) qui permettra de surmonter cet échec du Vert et de guérir par la même le Vert de sa pente régressive. C’est seulement au niveau Jaune-Turquoise que peut s’opérer le mouvement du “transcender et inclure” caractéristique de toute évolution de structure holarchique. Autrement dit c’est seulement au stade de conscience systémique-intégral que l’on pourra transcender le stade moderne actuel TOUT EN en intégrant les apports, et donc canaliser les tensions et mécontentements liés à la crise systémique du monde moderne vers une issue évolutive.

C’est du moins ce que semble suggérer Ken Wilber, dans son dernier livre sur le phénomène Trump. Selon lui, Trump incarne une réaction anti-verte qui réussit à amalgamer du Rouge, du Bleu (Ambre chez Wilber) et du Orange pour emporter les élections. L’évolution s’est braquée, mais aux yeux de Wilber, c’est peut-être un recul pour mieux sauter.

Voici le passage qui résume le mieux l’analyse de Wilber sur la situation :

The other major advantage of an integral leading-edge is that it would create an enormously powerful downward-acting morphic field that would exert a strong pressure on green to heal its fragmented and broken ways. Although this would not in itself directly cure each and every green defect—that can be done only with green’s own actions and cooperation—it would nonetheless introduce a powerful regenerative field that would compensate for green’s malfunctions and in many cases would indeed help green to directly heal them. (…)
We did see that when around 10 percent of the population reaches the same level as that of the leading-edge itself, then there is something of a “tipping point” reached, and the generic qualities of the leading-edge tend to seep into or permeate the entire culture. We already have around 5 percent that is already at integral, and it might reach 10 percent within a decade or two. At that time, there would be a transformative shift in the interior domains the likes of which humanity has never, but never, seen. The true inclusiveness that forward-thinking social and political theorists have long idolized as near utopian would in fact become a very real possibility for humanity for the first time in its entire history.
This will be happening at about the same time that we reach something resembling a technological Singularity—and together, these conditions would propel the world into a transformative event the likes of which has never been remotely seen—or even imagined— before. This will be in direct opposition to many of the present-day degenerative, degrading, divisive, devolving currents that are the product of an abundance of lower stages—that, among other items, drive terrorism, intense marginalization, global warming, environmental degradation, and social injustices such as trafficking— and that are also now actually headed by a leading-edge that has disastrously derailed. These are truly dangerous times. That is why the beginning of a genuinely Integral Age—in all 4 quadrants—will arrive not a moment too soon. I could go on endlessly here, but I’ll simply leave that tantalizing possibility to your imagination. I will point out that this integral stage, because it has already started to emerge in full force around the world, has, among a huge number of other things, created entire theories that originate at this newly emergent level— with Integral Metatheory, which I represent, being one of the most effective, having already fully reinterpreted over 60 human disciplines through an Integral lens—giving items such as Integral Business, Integral Medicine, Integral Art, Integral History, Integral Spirituality, Integral Economics, Integral Education, Integral Politics, and so on— each one of them a much more effective and inclusive approach to its field.
But one of our central points, for either major way forward, is essentially the same, which I’ll briefly summarize: the green postmodern leading-edge of evolution itself has, for several decades, degenerated into its extreme, pathological, and dysfunctional forms. As such, it is literally incapable of effectively acting as a real leadingedge. Its fundamental belief—“there is no truth” (with its many derivatives)—and its basic essential attitude—“aperspectival madness”—cannot in any fashion actually lead, actually choose a course of action that is positive, healthy, effective, and truly evolutionary. With all growth hierarchies denied and deconstructed, evolution has no real way to grow, has no way forward at all, and thus nothing but dominator hierarchies are seen everywhere, effectively reducing any individual you want to a victim. The leading-edge has collapsed; it is now a few-billion-person massive car crash, a huge traffic jam at the very edge of evolution itself, sabotaging virtually every move that evolution seeks to take. Evolution itself finds its own headlights shining beams of nihilism, which can actually see nothing, or beams of narcissism, which can see only itself. Under this often malicious leadership (“the mean green meme”), the earlier levels and stages of development have themselves begun to hemorrhage, sliding into their own forms of pathological dysfunction. And this isn’t just happening in one or two countries, it is happening around the world.
This culturally divisive and fragmenting force (in the Lower Left) has joined with various systemic forces (in the Lower Right), such as a technological drive toward divisive, echo-chambered, and siloed individuals, and an interior drive (in the Upper Left) toward increasingly narcissistic displays. With no overriding drives to cohesion, unity, or self-organization available in a truly effective fashion in any of the quadrants, there is an almost historically unprecedented regression in essentially all of them. Evolution, in a decided move of self-correction, has paused and is in the process of backing up a few paces, regrouping, and reconstituting itself for a healthier, more unified, more functional continuation. What virtually all of these regroupings have as a primary driver is a profound antigreen dynamic acting as a morphic field radiating from the broken leading-edge itself.
Donald Trump, more than any other single factor, has (unknown to himself, or virtually anybody else, for that matter) ridden these antigreen forces to a massively surprising presidential victory. As previous stages became, in various ways and to various degrees, activated by Trump, whether orange, amber, or red, they all shared one thing: the anti-green dynamic (a dynamic that, because it had not been recognized in any significant way, made Trump’s victory a stunning and unbelievable surprise to virtually everybody). And—although Trump himself will do little to actually address the details of this—as each of these stages works to redress the imbalances inflicted on it by an extreme green and its aperspectival madness, the overall effects of these recent events could indeed turn out to be quite healthy, allowing evolution to generally self-correct and adopt a leading-edge that can actually lead, thus allowing evolution itself to continue its ongoing march of “transcend and include,” a self-organization through self-transcendence.
Ken Wilber, Trump and a post-Truth World

Note 3

J’ai un peu affiné ma réflexion sur la crise du Vert et le phénomène Trump. Je vais essayer de faire une vidéo pour reprendre tout ça de manière pédagogique, mais en attendant :
l’idée que seul le jaune permettra de sauver le vert est à corriger. L’idée qu’il faudrait passer au jaune avant d’avoir pleinement vécu le vert est également à corriger, même s’il est vrai, ultimement, que le jaune est bien plus en capacité de résoudre la crise systémique, étant lui-même de nature systémique. Le problème tient dans ce que le jaune n’est pas prêt quantitativement à prendre le pouvoir. Il doit donc, pour réussir, s’appuyer sur le vert sain, quantitativement bien plus important. Mais Wilber ne disait-il pas que le vert sain avait dégénéré en vert malsain? Si, et il avait en partie tort, voici pourquoi :

Il y a en réalité deux Verts, un vert sain et un vert malsain (Mean Green Meme chez Wilber et Don Beck). Mais contrairement à ce que dit Wilber dans son livre sur Trump, on n’est pas passé d’un vert sain à un vert malsain. Ce n’est pas une dégénerescence. En fait, les deux coexistent simultanément : il y a deux écologies, une saine et une malsaine, deux spiritualités vertes, une saine et une malsaine ou régressive, et même on pourrait dire deux féminismes, l’un anti-homme et l’autre pro-égalité, un féminisme du face-à-face menant à la guerre des sexes et un féminisme du côte-à-côte menant à la co-évolution (voir à ce sujet mes réflexions sur le Féminisme constructif).

Cette co-existence s’explique par des différences d’intensité oppositionnelle dans le rapport des post-modernes au monde moderne. Pour qu’il y ait évolution, il faut en effet qu’il y ait un mouvement de Transcender et Inclure, car l’évolution a une structure holarchique, non pas une structure oppositionnelle. Elle emboite les niveaux de complexité comme des poupées russes. Ainsi le postmoderne inclut le moderne tout en le dépassant, et c’est précisément cette inclusion qui le distingue du pré-moderne. L’opposition radicale ne saurait produire une évolution car elle se prive de l’apport de ce à quoi elle s’oppose, et ne pouvant donc l’inclure, elle reconduit fatalement sur de la régression. Par conséquent, plus l’opposition est forte et plus elle empêche le mouvement d’inclusion qui rend possible un véritable Transcender holarchique. Toute posture d’opposition radicale à la modernité, dans la mesure où elle conduit au rejet de son apport, ne peut que reconduire fatalement sur de la régression pré-moderne. Mais si le caractère oppositionnel est moins fort, c’est-à dire si la conscience est suffisamment non-binaire pour voir les avantages de la modernité en même temps que ses défauts, alors l’intégration peut se faire et donc le dépassement évolutif du stade moderne devient possible. Deux trajectoires vertes se dessinent alors : l’une finit par rétrocéder, l’autre parvient à évoluer.

Certains passent de l’un à l’autre. Par exemple, on commencera dans une phase adolescente hyper-oppositionnelle au orange, par un rejet en bloc du modernisme qui pourra nous conduire par exemple dans une communauté de permaculture low-tech. Mais quelques temps plus tard, gagnant en maturité, on commencera à réaliser l’apport de la modernité (en étant confronté aux limites d’un mode de vie en rupture avec la société, en ayant été au bout de cette logique) et l’on reviendra sur un vert plus équilibré. Ou bien l’inverse: on milite pour le développement durable et puis on tombe sur une chaîne comme Thinkerview et l’on finit dans une base autonome durable avec Pablo et ses copins.

Bref il y a deux verts, mais ce sont plus des degrés oppositionnels qui conduisent à une scission de la trajectoire verte en deux trajectoires. Les deux trajectoires s’opposant d’ailleurs: pour les collapso-décroissants, le développement durable est une arnaque, se réduit à du greenwashing. Pour les constructifs partisans de l’écologie créative, la décroissance rendrait impossible la transition, les collapso-décroissants sont donc un obstacle à l’écologie, du populisme vert, du traditionalisme à prétexte écolo. Mais ce qui est sûr c’est que l’un n’a pas remplacé l’autre, on peut juste dire qu’il y en a un qui domine médiatiquement sur l’autre, pas qu’il l’a remplacé. Le vert sain existe, en écologie comme en spiritualité, et pour cette raison,  nous devons nous garder d’un rejet en bloc du vert et ne pas en oublier l’apport considérable pour l’évolution socio-culturelle en cours. (voir : Le ressentisme vert)

La grande différence avec Wilber, c’est donc que le vert sain existe toujours. Il s’agit de le renforcer et de l’appuyer, car le jaune n’est pas prêt quantitativement pour gagner le pouvoir, il doit s’appuyer sur le vert qui est au moins à 20% (35% selon l’enquête de 2008 de Paul Ray). Le jaune ne doit donc pas guérir le vert malsain mais renforcer le vert sain contre le vert malsain. C’est une petite nuance par rapport à Wilber mais ça permet de clarifier une chose: c’est qu’il ne s’agit pas de sauter le vert, en allant directement au jaune, ce qui est contraire aux principes de la Spirale Dynamique (on ne saute pas d’étape dans l’évolution). On n’a pas à sauter le vert en tant qu’étape, on a à renforcer le vert sain pour que cette étape puisse se faire. Le vert sain peut se renforcer lui-même. Et le jaune peut aider le vert sain à se renforcer en l’influençant. On aurait alors un vert au pouvoir via une forme de Green New Deal, mais avec des jaunes en coulisses. C’est un peu ce qu’envisage Wilber lorsqu’il parle d’un « champ morphique à action descendante », avec rayonnement du jaune sur le vert, mais il envisage ce rayonnement comme une guérison du vert malsain en vert sain, alors qu’il s’agit plutôt d’un renforcement du vert sain, pouvant peut-être aussi récupérer une partie des verts malsains, les autres poursuivant leur trajectoire régressive.

Et ce bloc vert-jaune, doit attirer le orange à lui via le ORANGE-vert, pour tirer la masse culturelle et électorale orange dans le camp de l’évolution, l’arrachant ainsi au bloc régressif rouge-bleu-orange (Trump, Bolsonaro, mouvements nationalistes et identitaires). Tout va se jouer sur le basculement du Orange (je rappelle que les oranges représentent encore la majorité dans les pays industriels avancés). Le vert-jaune tire vers l’évolution, le rouge-bleu et le vert malsain tirent vers la régression. Entre les deux, le orange peut s’allier d’un côté ou de l’autre. Et ça se joue beaucoup sur la santé du vert. Si le vert est suffisamment sain et non-régressif, sa force de proposition convaincra le ORANGE-vert et emportera avec lui les 3/4 du orange (laissant le ORANGE-bleu s’allier au bloc rouge-bleu). Le Green New Deal peut dans ce cas l’emporter et s’il l’emporte dans plusieurs pays, nous aurons un véritable mouvement mondial de concrétisation de la transition.

La bonne nouvelle, c’est que le Green New Deal est en train de s’imposer dans le camp démocrate et la victoire de Biden signe la reprise de la dynamique d’évolution après la phase régressive trumpienne. Les modèles de Graves expliquent ce phénomène: il s’agit d’un creux gamma ( γ ) dans le processus de changement de paradigme (voir F. et P. Chabreuil, La Spirale Dynamique, Chap. IX “Les 5 états du changement”).

En simple: l’évolution recule avant de sauter. Je renvoie à la belle citation d’Aurobindo: « La fin d’un stade de l’évolution est généralement marquée par une puissante recrudescence de tout ce qui doit sortir de l’évolution. » Le moment trumpien était donc bien un recul pour mieux sauter. Certes Biden n’est pas encore le saut mais la reprise, ça ira dans le bon sens, mais un peu mollement encore, à moins que Harris ou d’autres ne dynamisent tout ça, sinon il faudra attendre la génération suivante. Il est vrai que ce Green New Deal là est encore proche d’un éco-modernisme orange. Mais il faut bien que le pouvoir orange commence à verdir avant de passer à un centre de gravité en vert.

La seconde bonne nouvelle, c’est qu’on voit des mouvements à forte teneur oppositionnelle se rapprocher du Green New Deal. Je songe à Naomi Klein, leader de l’altermondialisme anti-capitaliste, avec son livre “Plan B pour la planète : le New Deal vert“. Je pense aussi à Greta Thunberg, qui a fait quelques allusions anti-croissance et anti-CCU, mais qui dialogue à présent avec Ocasio-Cortez. Si ces mouvements populaires reconduisent ultimement, malgré leur caractère oppositionnel, sur la proposition Green New Deal, aux côté d’un Rifkin par exemple, il y a des chances que ça passe. Après, au Green New Deal d’être à la hauteur au niveau de son programme, et pour ça, les jaunes-turquoises peuvent aider en y insufflant une vraie vision puissante et systémique.
Voilà où j’en suis dans mes réflexions, et même si ma pensée évolue constamment, je pense que c’est une phase d’éclaircie.

Quelques citations pour comprendre:

« L’autre avantage majeur d’un système de pointe intégral [i.e Jaune-Turquoise] est qu’il créerait un champ morphique à action descendante extrêmement puissant qui exercerait une forte pression sur le vert pour guérir sa fragmentation et sa détérioration. Bien que cela ne guérisse pas en soi directement chacun et chaque défaut vert – cela ne peut être fait qu’avec les propres actions du vert et sa coopération – cela introduirait néanmoins un puissant champ régénératif qui compenserait les dysfonctionnements de vert et dans de nombreux cas, cela aiderait en effet le vert à les guérir directement. » Ken Wilber, Trump et le monde post-vérité

« [GREEN] utilise les ressources que ORANGE a construites, mais comme il n’aime pas ORANGE, il s’éloigne de la croissance. La croissance et la consommation sont mauvaises. Il veut utiliser les ressources déjà disponibles et les redistribuer afin que tout le monde puisse rattraper son retard. GREEN est un système merveilleux, mais ironiquement, il suppose que tout le monde jouit du même niveau de richesse que lui. » Don Beck

« Dans la noble tentative de Green pour aller au-delà des règles conformistes et des préjugés ethnocentriques – en bref, dans l’admirable tentative de Green de passer au postconventionnel -, il a souvent adopté par inadvertance tout ce qui n’est pas conventionnel, et cela inclut beaucoup de choses franchement pré-conventionnelles, régressives et narcissiques. » Ken Wilber, Boomeritis

Sur le féminisme anti-homme:

« Détester les hommes et tout ce qu’ils représentent est notre droit le plus strict. C’est aussi une fête. Qui aurait cru qu’il y aurait autant de joie dans la misandrie ?» Pauline Harmange, Moi les hommes, je les déteste

« Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer. Les éliminer de nos esprits, de nos images, de nos représentations. Je ne lis plus de livres des hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leurs musiques. J’essaie du moins. (…) Les productions des hommes sont le prolongement d’un système de domination. Elles sont le système. L’art est une extension de l’imaginaire masculin. Ils ont déjà infesté mon esprit. Je me préserve en les évitant. Commençons ainsi. Plus tard, ils pourront revenir ». Alice Coffin (élue EELV), Le génie lesbien

NOTE 4

Je ne fais pas partie des gens qui pensent qu’un saut de tarzan  soit envisageable dans le processus d’évolution, ni à l’échelle individuelle ni à l’échelle collective. L’évolution ne saute pas d’étape, un orange ne peut pas accéder au jaune sans passer par vert. J’ai simplement mentionné une fois que Wilber envisage deux manières pour le Mean Green Meme d’être guéri de ses excès pathologiques : 1/ Le vert se guérit lui-même 2/ Le jaune aide le vert à guérir. J’ai aussi pensé, politiquement, des mouvements centrés en vert mais noyautés par des jaunes-turquoises en interne, et capables pour cette raison de capter le orange. Cette alliance me semblant la seule capable de faire triompher les forces d’évolution face à la montée des forces régressives et au risque d’effondrement du système. Les solutions à une crise systémique étant systémiques, la conscience jaune est plus à même de les concevoir. Pour simplifier je dirais qu’il nous faut des programmes jaunes de transition systémique portés par des verts et suscitant l’adhésion des Orange via les ORANGE-verts. C’est ce que nous essayons de faire au Courant Constructif, mais ce n’est pas facile et nous devons sans cesse veiller à l’équilibre entre les différentes couleurs. La déclaration d’Olivier selon laquelle les verts manqueraient  d’éducation, de connaissance ou de réalisme est intéressante, mais à mes yeux elle ne concerne que les verts régressifs, pas  les verts sains, qui se caractérisent par une transclusion réussie, et qui, de ce fait, disposent des compétences rationnelles holarchiquement intégrées en eux. C’est leur degré de radicalité oppositionnelle au orange qui détermine leur incapacité à intégrer/conserver l’apport du orange en eux, et par suite, à opérer un dépassement inclusif plutôt qu’une régression en bleu. La scission des trajectoires qui aboutit, d’un côté, à  une transclusion saine et, de l’autre, à un échec transclusif se joue très précisément sur le degré d’opposition extractive au modernisme.

Cette différence apparaît par exemple dans le rapport aux énergies renouvelables : pour les verts régressifs, les ENR apparaissent comme du greenwashing  du technosolutionnisme orange, la vraie solution étant plus à chercher dans une décroissance énergétique par voie morale et spirituelle, ce qui reconduit sur des modes d’existence traditionnels. Alors que pour des verts sains, les ENR sont une transition verte réelle, ce sont des énergies douces, respectueuses, féminines, harmonieuses, en lien avec les forces de la nature. Pour orange, elles peuvent être vues comme une opportunité financière, un défi technique, un nouveau marché, une solution pour continuer le système moderniste comme avant. Pour jaune, ce sera par exemple une systémique d’énergies multiples et distribuées mises en réseaux intelligents et définissant un nouveau rapport fondamental de l’homme à la nature.

NOTES 5

Le milieu spirituel est pourri jusqu’à l’os. On en a un bel aperçu en France, et aux Etats-Unis, c’est encore pire. Le vert régressif en bleu débouche sur une croyance en une bataille finale du bien contre le mal absolu. Et devinez quoi: le leader du camp du Bien s’appelle Donald Trump! Le nouvel âge incarné par un homme qui n’a pas la moindre conscience écologique et qui traite les femmes comme des objets (« Grab them by the pussy. You can do anything »). Comment les tenants du nouvel âge en sont venus à une telle absurdité? Quelles sont les médiations qui ont conduit à l’apparition de cette figure absurde : l’écolo-spirituel complotiste pro-Trump en convergence avec l’extrême droite?
Quelques médiations détectables :
– le rejet de la modernité rationnelle en tant qu’héritage
– le devenir infra-rationnel de la spiritualité qui en découle, principalement sous sa forme New Age
– la crise de légitimité des élites modernistes et la montée de la défiance populaire, qui produit un appel d’offre pour des leaders populistes
– la dérégulation du marché de l’information qui, alliée à la crise de légitimité des médias, débouche sur une inversion valorisationnelle : tout ce qui vient des médias professionnels est faux, tout ce qui vient d’Internet est vrai.
– le mélange progressif, sur Internet, du New Age avec le complotisme.
– La régression du vert en bleu via le discours de la bataille spirituelle du Bien contre le Mal, qui réactive le bleu des verts par sa composante spirituelle.
– L’enfermement progressif dans une idéologie complotiste qui fait système et produit un phénomène de dérive sectaire, les adeptes se concevant comme les « éveillés » et se coupant progressivement des « endormis ».
– L’effet du biais de confirmation démultiplié sur Internet par les suggestions algorithmiques et le communautarisme 2.0.
– L’accroissement de la complexité du monde qui génère un besoin de narrations simples, binaires et accessibles.
– L’excès de la charge psychique collective en cette période de crise systémique mondiale, qui produit d’un côté une dépression collective et de l’autre une paranoïa collective.

 

 

NOTE 6

Réflexion sur la pre/trans fallacy :

Wilber a identifié deux types de pre/trans fallacy, soit la confusion de trans-X avec pré-X (Freud), et la confusion (inverse) du pré-X avec trans-X (Jung). (Vous pouvez remplacer “-trans” par “-post” ou “-supra” si c’est plus clair pour vous.)

Or étant donné que la pre/trans fallacy comprend 3 termes: X, infra-X (ou pré-X) et supra-X (ou post-X, ou trans-X), il n’y a pas deux types de confusions pré/trans mais bien 6, car les combinaisons erronées possibles de ces trois éléments aboutissent à 6 possibilités:

1) Infra-X to supra-X

2) Infra-X to X

3) supra-X to infraX

4) supra-X to X

5) X to Infra-X

6) X to supra-X

 

Cas 1 : infra-X to supra-X

L’infra-rationnel est pris pour du supra-rationnel. Ex: certaines pratiques new age recourant à de la pensée magique sous un prétexte de dépassement du mental et d’évolution de la conscience.

 

Cas 2 : infra-X to X

L’infra-rationnel est pris pour du rationnel. Ex: les pseudo-sciences. Par exemple: la théorie des anciens astronautes en pseudo-archéologie essaye de faire passer pour de la science une relecture ufologique de la Bible et une théorie ufologique de l’évolution alternative à la théorie scientifique de l’évolution. Ou encore la justification abusive par la physique quantique de théories énergétiques new age.

 

Cas 3 : supra-X to infra-X

Le supra-rationnel est pris pour de l’infra-rationnel. Ex: réductionisme zététicien ne reconnaissant pas l’existence d’une dimension spirituelle irréductible. Réduction athée et/ou matérialiste du spirituel à des croyances pré-rationnelles.

 

Cas n°4 : supra-X to X

Le supra-rationnel est pris pour du rationnel. Correspond à des tentatives d’expliquer rationellement des phénomènes et capacités relevant du développement spirituel. Ex: les études scientifiques sur la méditation, la réalisation du Soi réduite à un état modifié de conscience relevant de la chimie du cerveau, la réduction de toute forme de chaneling à un syndrome de personnalité multiple, etc.

 

Cas n°5: X to infra-X

Le rationnel est pris pour de l’infra-rationnel. Ex: critique du « mythe du progrès », de la « religion de la croissance », de la « foi en la science » et du « culte de la technologie » chez les collapso-décroissants.

 

Cas n°6: X to supra X

Le rationnel est pris pour du supra-rationnel. Ex: on explique un phénomène rationnel encore non élucidé par le recours à du supra-rationnel parce qu’on n’a pas encore d’explication. Autre ex: un mentaliste se faisant passer pour un medium, un magicien laissant croire qu’il a acquis des superpouvoirs, les colons blancs avec leurs armes pris pour des dieux ou des êtres supérieurs, un gourou utilisant des techniques de manipulation pour faire croire qu’il est un grand être réalisé (ex: Satya Sai Baba utilisant des techniques de régurgitation pour faire croire qu’il matérialise des oeufs d’or, afin d’induire dans son public la croyance qu’il est un Avatar, puisque le fait de matérialiser des lingams d’or est reconnu dans la tradition hindoue comme un signe de l’Avatar). Voir: https://youtu.be/NOhxftt5Hn4

 

 

 

NOTE 7

La rationalité s’est construite historiquement comme un rejet du subjectivisme. La conquête de l’objectivité a été tout un apprentissage, très difficile, contre-intuitif, pour l’esprit humain. Il fallait écarter les émotions, les superstitions, les croyances religieuses, les biais cognitifs, les préférences subjectives, la sensibilité, pour faire parler le réel selon une méthodologie rigoureuse et lente puis s’en tenir aux faits. Il en est ressorti quelques blessures narcissiques difficiles à encaisser et un désenchantement du monde, une perte de la communion insupportable pour beaucoup, comme l’expriment aussi bien le phénomène néo-traditionaliste que le phénomène vert. Il est tout à fait compréhensible que le retour du subjectivisme, de l’émotionnel, du spirituel, du corps et du sensible fasse vaciller la rationalité, surtout si elle n’a été intégrée que partiellement (tous les modernes n’ont pas une reçu une formation scientifique ou étudié la construction de la rationalité dans la philosophie occidentale…) Une intégration insuffisante du orange conduit à un risque de pre/trans fallacy au niveau vert.

 

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